Ma biographie � la mani�re des clandestins
Je dis que je suis un �criveur d'�crits vains parce que ma vie fut en vain... J'ai mis beaucoup de temps � retenir ma date de naissance. J'ai redoubl� mon cours pr�paratoire et selon ma ma�tresse du cours �l�mentaire je me pliais difficilement � la discipline. Renvoy� de tous les lyc�es, ma scolarit� fut incertaine. Sur les bords du Rh�ne, je fus �l�ve l� o� Mallarm� fut professeur et j'y rencontrai moi aussi le n�ant. J'ai r�ussi le seul baccalaur�at qui fut propos� tout � l'oral. J'ai fr�quent� les universit�s sans y trouver � d�velopper mes facult�s. Je suis devenu comme Apollinaire 2eme canonnier � N�mes, dans la caserne de la route d'Uz�s. J'ai peint, j'ai fait partie de plusieurs acad�mies bidon. J'exposai dans le monde, je fus m�daill� � New-York, distingu� � Rome, je passai � la t�l�vision. Mes oeuvres sont la plupart du temps invisibles. On pourrait les voir dans une chapelle ferm�e � clef, sur un mur d'h�pital qui n'existe sans doute plus, dans un film jamais rediffus� ou dans une benne � ordures, broy�es depuis longtemps. Je me suis int�ress� � l'architecture qui n'enferme pas, celle qu'on ne trouve que chez Monsieur Hulot. J'ai cr�� le coll�ge d'�kistique de France qui ne s'est r�uni qu'une fois, un dimanche, dans une �cole de campagne devenue depuis une auberge. J'ai con�u pour les membres du coll�ge de Patarchitecture, un habit de s�ance que l'on pouvait enlever sans enlever le dessus.
La mat�rialit� me d�range. Je ne crois pas que la r�alit� soit toute l�... c'est l'enclume des forces, je lui tape dessus pour en conna�tre la valeur. Je suis iconoclaste, j'ai l'exp�rience de l'abandon, j'ai v�cu au d�sert... je n'idol�tre rien. Je suis peu regardant, j'ex�cre le spectaculaire. Je crains qu'ils se fassent avoir par le m'as-tu-vu. Plut�t que de l'avoir je voudrais qu'il n'y ait que de l'�tre. C'est pour cela que j'ai fond� les Clandestins... pour leur monter l'entrevoyure, pour leur dire que la mati�re exsude, qu'elle peut �tre ni tout � fait la m�me ni tout � fait une autre. Pour en finir avec la finitude.
On n'a jamais trop su ce que je faisais parce que ce que je fais ne se voit pas. Pourtant je dis que j'ai un m�tier, un vrai, celui de vivre.
Alain Caucat.
2007 : La révocation de la pensée
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